Assia Djebar

L’article ci-dessus est un extrait de la thèse de premier cycle de R. R. Auer, “Nommant l’innommable : le langage et la marginalisation dans la littérature algérienne post-coloniale,” publié avec l’autorisation. Traduction par l’auteur lui-même. 

Assia Djebar (1936 – 2015) était la première nord-africaine élu à l’Académie Française. Elle a écrit des nouvelles et des romans entre les années 60s et la première décennie du nouveau millénaire, duquel le plus important est L’amour, la fantasia de 1985. 

Djebar écrit en français, lors même que sa langue maternelle est l’arabe. Pourquoi? Son éducation était française à cause du colonialisme français en Algérie, et elle pouvait lire et écrire seulement en français. Sa connaissance de l’arabe était en parlant, pas en écrivant. Mais à un niveau plus personnel pour Djebar, elle écrit en français parce que les histoires qu’elle raconte sont des histoires des femmes, qui ne sont pas privilégiées par la culture algérienne à l’époque. Elle parle d’une “arabe féminin; autant dire…un arabe souterrain” (Femmes d’Alger dans leur appartement), dans lequel des voix des femmes soient étouffées et entendues seulement à l’intérieur de la maison. En conséquence, elle trouve qu’il sera peu sincère aux femmes dont elle raconte des histoires de raconter ces histoires dans un langage qui ne veulent pas entendre leurs voix. Alors elle écrit en français, étant consciente pendant tout ce temps que le français, c’est la langue du colonisateur, et qu’il est une oppression inhérent à avoir besoin de raconter des histoires indigènes en la langue de l’oppresseur.

Djebar raconte les histoires des autre gens (pas seulement son autobiographie, bien que plusieurs de ses oeuvres ont des éléments autobiographique), donc elle raconte ses histoires personnelles de telle manière qu’ils incluent des histoires des autres (Weltman-Aron 10). Des pronoms à la première et à la troisième personne sont utilisés de façon interchangeable, donnant la lectrice tous les deux : une connaissance intime des souffrances des personnages, bien qu’une objectivité plus éloigné. L’utilisation des pronoms est peut-être une question de la culture aussi. Selon la tradition islamique, c’est impoli de parler ou écrire de soi. Donc “le je est compris comme pas toujours le je, ou c’est un je-nous, ou un je multiplié” (Djebar dans Weltman-Aron 21).

L’influence de la langue natale de Djebar se présente aussi dans son compromis à la décision d’écrire en Français plutôt qu’en Arabe : elle fusionne des mots arabe à son histoire francophone afin de “déstabliser la langue française” (Tlatli 304). Par example, dans L’amour, la fantasia, une voisine demande à la mère du personnage principal pourquoi sa fille ne porte pas encore le voile. La mère répond “Elle lit,” une expression compris en arabe comme “Elle étudie.” Pourtant le verbe “lire” a une autre association en arabe. Selon le Coran, l’ange Gabriel a commandé le prophète : ““Lis au nom du Dieu créateur / Il forma l’home en réunissant les sexes / Lis au nom du Dieu adorable / Il apprit à l’homme à se servir de la plume / Il mit dans son âme le rayon de la science” (96 : 1-5). Le personnage principal est donc libérée de l’obligation de porter le voile parce que “l’écriture à lire…est toujours source de révélation” (L’amour, la fantasia 207).

Cette allusion au texte sacré d’Islam souligne au lecteur français monolingue que cette littérature-ci n’est pas de la littérature française, mais de la littérature algérienne (un acte rebelle à l’époque où la terre algérienne appartenait légalement à France). De même, privilégier les histoires des femmes, par des femmes, souligne au lecteur masculin que cette n’est pas la littérature par défaut, cette est la littérature des femmes, qui est aussi un acte rebelle dans un monde patriarcal.

Références

Le Coran. Trad. par Claude-Étienne SAVARY.

TLATLI, Soraya. “L’Ambivalence linguistique dans la littérature maghrébine d’expression française.”  The French Review, vol. 72, no. 2, 1998, pp. 297-307.

WELTMAN-ARON, Brigitte.  Algerian Imprints: Ethical Space in the Work of Assia Djebar and Hélène Cixous.  Columbia University Press, 2015.