Un incendie dévastateur a ravagé 700 hectares près de Marseille mardi dernier. Mais dans cette tragédie, une découverte surprenante émerge des Bouches-du-Rhône : les pompiers locaux utilisent désormais une méthode inspirée… des vignobles.
Quand la science du vin rencontre la lutte anti-feu
Marc Delacroix, capitaine des pompiers aux Pennes-Mirabeau, n’en revient toujours pas. « On observait depuis des années que certaines zones résistaient mieux aux incendies. Les vignes créent des barrières naturelles que le feu ne franchit pas facilement. »
Cette révélation n’est pas anodine. Lors de l’incendie qui a menacé Marseille, mobilisant plus de 700 pompiers et 9 moyens aériens, certains secteurs viticoles ont effectivement ralenti la progression des flammes.
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Le secret réside dans l’humidité du sol
Les viticulteurs du département l’avaient remarqué bien avant les secours : leurs parcelles restent humides plus longtemps. « L’irrigation goutte-à-goutte et l’entretien régulier des sols créent une zone tampon naturelle », explique Pierre Moureau, vigneron depuis 30 ans.
Cette technique consiste à maintenir un taux d’humidité constant dans certaines zones stratégiques. Résultat ? Une barrière invisible mais redoutablement efficace contre la propagation du feu.
Les vignes : un pare-feu naturel validé par les scientifiques
Des chercheurs de l’INRAE confirment désormais ce que les pompiers observent sur le terrain : la vigne, par son feuillage vert et gorgé d’eau, offre peu de combustible au feu. Contrairement aux broussailles ou aux pinèdes, elle “chauffe, mais ne brûle pas ou peu” lorsqu’elle est bien entretenue.
Des incendies récents dans l’Aude, la Gironde et même à Porquerolles ont permis de mesurer cet effet protecteur. Sur certaines zones viticoles, moins de 15 % des ceps ont été touchés en périphérie, contre une destruction totale dans les friches ou les parcelles abandonnées.
Une méthode déjà testée sur le terrain
Durant les 40 départs de feux recensés dans le département depuis lundi, les pompiers ont appliqué cette approche avec succès. En créant des « couloirs humides » inspirés des pratiques viticoles, ils parviennent à canaliser et ralentir la progression des flammes.
« On arrose de manière ciblée, comme pour les vignes, mais avec nos moyens de lutte », confie un sapeur-pompier présent sur l’intervention.
Un espoir face au réchauffement climatique
Cette découverte arrive à point nommé. Avec le changement climatique, les risques d’incendies s’intensifient dans le Sud de la France. Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, a d’ailleurs souligné que le feu n’était « pas encore fixé » malgré les efforts considérables déployés.
La technique des vignobles pourrait révolutionner la prévention des incendies. Plus économique que les moyens aériens traditionnels, elle s’inspire d’un savoir-faire ancestral pour protéger nos territoires.
À noter : une étude scientifique à grande échelle est actuellement demandée par l’Association Nationale des Élus de la Vigne et du Vin, pour évaluer pleinement l’effet pare-feu des vignobles. Car si l’expérience de terrain parle d’elle-même, il reste encore à quantifier ce bouclier végétal de manière rigoureuse pour l’intégrer officiellement dans les plans de prévention nationaux.
Vers une généralisation de la méthode
Les premières applications sur le terrain sont encourageantes. Cette approche innovante, née de l’observation du terrain et de la collaboration entre pompiers et viticulteurs, prouve que parfois les meilleures solutions viennent de notre environnement immédiat.
L’incendie de Marseille, malgré sa violence, aura peut-être révélé une arme supplémentaire dans notre arsenal de protection contre les feux de forêt. Un savoir paysan, vieux comme le monde, remis en lumière par la rigueur du feu.


